TDAH à l’école : ce que vit vraiment votre enfant et pourquoi un accompagnement peut tout changer

Psychopédagogue à Paris, j’accompagne des enfants et des adolescents TDAH qui vivent parfois l’école comme une succession d’efforts que leur entourage ne perçoit pas toujours. Derrière un élève qui oublie, s’agite, décroche, répond trop vite ou semble ne pas écouter, il y a souvent un enfant qui essaie, recommence, se contrôle, se fatigue… et ne comprend pas toujours pourquoi ce qui paraît simple pour les autres lui demande autant d’énergie.

Pour comprendre pourquoi un accompagnement peut être nécessaire, il faut donc dépasser ce que l’on voit de l’extérieur.

Et essayer, quelques instants, de regarder la journée scolaire du point de vue de l’enfant.

 

« Je fais des efforts, mais personne ne les voit »

Un élève TDAH peut entendre très régulièrement :

« Concentre-toi. »

« Tu as encore oublié. »

« Écoute quand on te parle. »

« Arrête de bouger. »

« Relis-toi. »

« Tu aurais pu réussir si tu avais fait attention. »

Pour l’adulte, chacune de ces phrases correspond à une situation précise.

Pour l’enfant, elles peuvent finir par former un message beaucoup plus général :

« Je ne fais jamais comme il faut. »

Or, ce que l’on observe ne reflète pas toujours l’effort réellement fourni.

Un enfant peut avoir passé une grande partie de la matinée à essayer de rester attentif, à retenir ses impulsions, à suivre le rythme de la classe et à retrouver le fil lorsqu’il l’a perdu.

De l’extérieur, on voit surtout les moments où il décroche.

De l’intérieur, lui peut avoir l’impression d’avoir passé des heures à essayer de ne pas décrocher.

Cette différence de perception est essentielle.

 

Une journée d’école peut demander une quantité considérable d’autocontrôle

Imaginez une classe.

Il faut écouter l’enseignant, ne pas parler au camarade voisin, ignorer un bruit dans le couloir, suivre ce qui est écrit au tableau, retrouver la bonne page, penser à noter les devoirs, attendre son tour pour parler, commencer l’exercice et continuer même lorsqu’il devient moins intéressant.

Puis la matière change.

Il faut ranger, sortir un autre cahier, changer mentalement de sujet et recommencer.

Tout cela semble aller de soi.

Pourtant, pour certains élèves TDAH, cette succession permanente d’ajustements demande un effort important.

Ils doivent continuellement ramener leur attention vers ce qu’ils sont censés faire.

Et cela peut être épuisant.

 

« Je savais pourtant ce que je devais faire »

L’une des expériences les plus déroutantes pour l’enfant TDAH est le décalage entre ce qu’il voulait faire et ce qu’il a effectivement fait.

Il voulait écouter.

Puis une pensée est arrivée.

Un bruit l’a attiré.

Il a regardé ailleurs quelques secondes.

Lorsqu’il revient au cours, l’enseignant a déjà avancé.

Il ne sait plus exactement où en est la classe.

Il hésite à demander.

Il regarde son voisin.

Il essaie de deviner.

Pendant ce temps, une nouvelle consigne arrive.

La difficulté s’accumule.

À la fin, l’exercice peut être incomplet alors que, quelques minutes auparavant, l’enfant connaissait parfaitement la notion.

C’est précisément ce type de situation qui peut être particulièrement difficile à vivre : avoir le sentiment d’être capable, tout en ne réussissant pas toujours à montrer ce que l’on sait.

 

Le temps n’est pas toujours vécu de la même manière

Le rapport au temps peut également être particulier.

« Tu avais vingt minutes. »

Pour l’adulte, vingt minutes représentent une durée relativement précise.

Pour certains enfants TDAH, le temps est beaucoup moins facile à anticiper.

Ils peuvent avoir l’impression qu’ils viennent à peine de commencer alors que quinze minutes se sont écoulées.

Ou, au contraire, qu’un exercice peu stimulant dure depuis une éternité.

Cela peut expliquer certaines situations que les parents connaissent bien :

l’enfant pense avoir « largement le temps », tarde à commencer, puis découvre soudain qu’il doit terminer dans l’urgence.

Ce n’est pas seulement une question d’emploi du temps.

C’est aussi une question de perception et d’anticipation du temps.

 

Quand tout devient intéressant en même temps

Un enfant TDAH ne manque pas forcément d’attention.

Son attention peut surtout être difficile à diriger et à maintenir au bon endroit.

Un bruit de chaise.

Une affiche au mur.

Une conversation à proximité.

Une idée qui lui traverse l’esprit.

Un objet sur la table.

Une question sans rapport avec le cours.

Toutes ces informations peuvent entrer en concurrence avec ce que l’enseignant est en train d’expliquer.

L’enfant ne décide pas nécessairement consciemment :

« Je vais arrêter d’écouter le cours pour regarder la fenêtre. »

Son attention est simplement captée ailleurs.

Et lorsqu’il réalise qu’il a décroché, il doit reconstruire ce qu’il a manqué.

 

Parfois, l’élève rentre chez lui et « explose »

Certains parents sont surpris.

L’école explique que leur enfant a plutôt bien tenu sa journée.

Puis, à peine rentré, tout devient compliqué.

Il s’agace pour une petite demande.

Il ne supporte plus qu’on lui pose une question.

Il refuse de commencer ses devoirs.

Il semble épuisé ou extrêmement agité.

Cette réaction peut être difficile à comprendre si l’on regarde uniquement ce qui s’est passé au moment du retour à la maison.

Mais la journée a commencé plusieurs heures auparavant.

L’enfant a peut-être passé tout ce temps à s’adapter, à se contenir, à gérer les attentes scolaires et sociales, à revenir vers la tâche lorsqu’il perdait le fil et à essayer de répondre à ce que l’on attendait de lui.

Le soir, ses ressources sont beaucoup plus faibles.

Les devoirs arrivent alors précisément au moment où il a parfois déjà fourni une grande partie de son effort attentionnel de la journée.

 

L’accumulation des petites remarques peut finir par peser lourd

Une remarque isolée n’a généralement rien de dramatique.

Mais lorsqu’un enfant entend pendant plusieurs années qu’il est trop distrait, trop lent, trop rapide, trop agité, trop bavard ou pas assez organisé, cela peut progressivement modifier l’image qu’il construit de lui-même.

Il peut commencer à dire :

« Je suis nul. »

« De toute façon, je vais encore me tromper. »

« Je n’y arriverai jamais. »

« Je déteste l’école. »

Ou parfois :

« Je m’en fiche. »

Ce dernier message mérite particulièrement d’être entendu.

Le désengagement peut parfois protéger l’enfant d’un sentiment beaucoup plus difficile :

essayer réellement et risquer malgré tout d’échouer.

Dire que l’on s’en fiche peut alors être moins douloureux que de reconnaître que l’on aimerait réussir sans savoir comment y parvenir.

 

Le danger : confondre progressivement ses difficultés avec son identité

Un enfant peut avoir des difficultés à s’organiser.

Mais il peut finir par penser :

« Je suis désorganisé. »

Il peut oublier régulièrement certaines choses et conclure :

« Je suis incapable. »

Il peut faire des erreurs d’inattention et finir par se définir comme :

« mauvais élève ».

C’est là que la difficulté scolaire dépasse progressivement l’exercice lui-même.

Elle touche la confiance.

Or un enfant qui doute constamment de ses capacités n’aborde plus une tâche de la même manière.

Avant même de commencer, il peut anticiper l’échec.

Il hésite davantage.

Il évite.

Il demande immédiatement de l’aide.

Ou il abandonne très rapidement.

 

Certains enfants deviennent aussi experts pour masquer leurs difficultés

Tous les élèves TDAH ne ressemblent pas à l’image traditionnelle de l’enfant qui bouge continuellement.

Certains sont beaucoup plus discrets.

Ils regardent l’enseignant.

Ils ne perturbent pas la classe.

Ils semblent écouter.

Mais leur pensée est parfois ailleurs depuis plusieurs minutes.

Ils peuvent compenser en observant les autres, en recopiant ce qu’ils voient ou en essayant de reconstituer ce qui leur a échappé.

Ces élèves attirent parfois moins l’attention des adultes.

Pourtant, ils peuvent eux aussi ressentir une grande fatigue et une impression persistante de décalage.

 

« Pourquoi les autres y arrivent-ils et pas moi ? »

C’est une question que l’enfant ne formule pas toujours ouvertement.

Il observe pourtant les autres élèves.

Il voit son voisin sortir immédiatement le bon cahier alors qu’il cherche encore le sien.

Il constate que certains terminent un exercice pendant qu’il essaie encore de comprendre où commencer.

Il voit des camarades apprendre une leçon puis la restituer sans avoir besoin du même accompagnement.

À force, il peut avoir l’impression que les autres possèdent spontanément quelque chose qui lui manque.

Pourtant, les difficultés rencontrées ne disent rien de son intelligence ni de son potentiel.

Il lui manque parfois surtout des stratégies suffisamment explicites et adaptées à son fonctionnement.

 

Pourquoi dire « fais un effort » ne suffit pas

Un enfant peut parfaitement vouloir mieux faire.

Mais vouloir :

  • rester attentif ;
  • ne rien oublier ;
  • commencer immédiatement ;
  • gérer son temps ;
  • ne pas répondre trop vite ;
  • se relire systématiquement ;

ne signifie pas automatiquement savoir comment y parvenir.

C’est une distinction importante.

Lorsqu’une difficulté se répète, augmenter uniquement les rappels ou les injonctions peut atteindre rapidement ses limites.

L’enfant sait déjà souvent ce qu’on attend de lui.

Il lui faut apprendre les moyens concrets d’y parvenir.

 

L’accompagnement permet d’abord à l’enfant de comprendre ce qui lui arrive

C’est une étape essentielle.

Un enfant qui ne comprend pas son fonctionnement peut interpréter chacune de ses difficultés comme une preuve supplémentaire qu’il est « mauvais ».

L’accompagnement psychopédagogique permet au contraire de mettre des mots sur les situations.

Pourquoi ai-je du mal à commencer ?

Qu’est-ce qui me fait perdre le fil ?

À quel moment mon attention décroche-t-elle ?

Pourquoi suis-je beaucoup plus efficace dans certaines situations que dans d’autres ?

Comment puis-je savoir combien de temps me prendra une tâche ?

De quoi ai-je besoin pour travailler efficacement ?

L’enfant commence alors à passer d’une logique :

« Je n’y arrive pas »

à une autre :

« Je dois trouver la stratégie qui me permet d’y arriver. »

Ce changement est fondamental.

 

Il ne s’agit pas de transformer l’enfant en élève « comme les autres »

L’objectif d’un accompagnement n’est pas de demander à l’enfant de lutter en permanence contre son fonctionnement.

Il s’agit plutôt de construire avec lui des moyens de compensation efficaces.

Un élève peut par exemple avoir besoin :

  • de visualiser les étapes d’un travail ;
  • de rendre le temps plus concret ;
  • de fractionner une tâche longue ;
  • d’identifier précisément son point de départ ;
  • d’utiliser des supports visuels ;
  • d’alterner les activités ;
  • de disposer d’une méthode de vérification très courte ;
  • d’aménager son environnement de travail ;
  • d’apprendre à repérer lui-même le moment où son attention décroche.

Petit à petit, ces outils peuvent devenir ses propres stratégies.

 

Le rôle particulier du psychopédagogue auprès d’un élève TDAH

L’enfant TDAH peut être suivi par différents professionnels selon ses besoins.

L’accompagnement psychopédagogique intervient spécifiquement à l’endroit où son fonctionnement rencontre les exigences concrètes de l’école et des apprentissages.

Il permet d’observer ce qui se passe lorsque l’enfant doit lire, comprendre, écrire, mémoriser, organiser une réponse, apprendre une leçon ou travailler de manière autonome.

Le travail ne porte donc pas uniquement sur « la concentration ».

Il consiste à comprendre dans quelles situations précises l’élève se trou

ve en difficulté et comment modifier sa manière d’aborder ces situations.

 

Psychopédagogue à Paris : créer un espace où l’enfant peut apprendre autrement

Dans mon accompagnement de psychopédagogue à Paris, l’un des objectifs est aussi d’offrir à l’enfant un espace dans lequel son fonctionnement peut être observé sans être réduit à ses erreurs.

Une séance permet de ralentir ce qui, en classe, va parfois très vite.

On peut observer ensemble :

À quel moment as-tu perdu le fil ?

Qu’est-ce qui t’a aidé cette fois-ci ?

Pourquoi cette méthode a-t-elle fonctionné ?

Qu’est-ce que tu pourrais refaire seul la prochaine fois ?

L’enfant devient progressivement acteur de son propre fonctionnement.

Il ne reçoit plus seulement des consignes.

Il apprend à s’observer, choisir une stratégie, l’essayer, l’ajuster et mesurer ce qui fonctionne pour lui.

 

Retrouver des expériences de réussite

L’accompagnement est également important pour une autre raison : permettre à l’enfant d’accumuler de nouvelles expériences.

Pas seulement des explications.

Des réussites.

Réussir à commencer seul.

Terminer une tâche que l’on pensait trop difficile.

Retrouver une information grâce à une méthode.

Comprendre un texte que l’on n’arrivait pas à organiser mentalement.

Faire un exercice plus rapidement parce que l’on a utilisé une stratégie adaptée.

Se rendre compte que l’on est capable de travailler quinze minutes avec efficacité.

Ces petites réussites répétées modifient progressivement la perception que l’enfant a de lui-même.

La confiance ne se construit pas uniquement en lui disant qu’il est capable.

Elle se construit aussi lorsqu’il constate lui-même qu’il est capable.

 

L’objectif final : ne plus dépendre constamment de l’adulte

Lorsqu’un parent doit continuellement rappeler, vérifier, relancer, expliquer et organiser, une forme de dépendance peut progressivement s’installer.

L’enfant attend :

« Qu’est-ce que je fais maintenant ? »

« C’est quoi la réponse ? »

« Tu peux m’aider ? »

L’accompagnement psychopédagogique cherche au contraire à transférer progressivement les stratégies vers l’enfant.

Au début, l’adulte guide.

Puis il questionne.

Ensuite, il laisse l’enfant choisir la stratégie.

Et progressivement, l’élève devient capable de se dire lui-même :

« Je sais comment commencer. »

C’est cette évolution qui permet de construire une autonomie réelle.

 

Accompagner le TDAH, c’est aussi changer le regard porté sur l’enfant

Un élève TDAH peut être vif, curieux, créatif, enthousiaste, intuitif, sensible, passionné par certains sujets et capable d’une mobilisation impressionnante lorsqu’une activité l’intéresse.

Ses difficultés scolaires ne résument pas son fonctionnement.

L’accompagnement ne consiste donc pas seulement à réduire ce qui pose problème.

Il permet aussi d’identifier les points d’appui de l’enfant et de les utiliser pour apprendre.

Car lorsqu’un élève commence à comprendre comment son propre cerveau fonctionne, quelque chose change.

Il ne cherche plus nécessairement à apprendre comme tout le monde.

Il commence à découvrir comment, lui, peut apprendre efficacement.

 

Quand envisager un accompagnement psychopédagogique ?

Un accompagnement peut être particulièrement utile lorsque votre enfant :

  • fournit beaucoup d’efforts mais obtient des résultats très irréguliers ;
  • revient épuisé de l’école ;
  • perd progressivement confiance en ses capacités ;
  • évite les tâches scolaires par peur de ne pas réussir ;
  • dépend énormément d’un adulte pour travailler ;
  • connaît ses leçons mais n’arrive pas toujours à montrer ses connaissances ;
  • se compare beaucoup aux autres ;
  • répète qu’il est « nul », « lent » ou « incapable » ;
  • passe beaucoup de temps à travailler sans trouver de méthode réellement efficace.

L’objectif n’est pas de supprimer toutes les difficultés.

Il est de permettre à l’enfant de disposer progressivement de clés pour les comprendre et de stratégies pour les gérer.

 

Voir l’enfant derrière le TDAH

Lorsqu’un élève oublie une consigne, perd une feuille ou décroche pendant une explication, nous voyons facilement le résultat.

Nous voyons beaucoup moins tout ce qui s’est passé avant.

Les efforts pour rester attentif.

Les moments où il s’est repris seul.

La fatigue accumulée.

Les frustrations.

Les comparaisons avec les autres.

Les fois où il connaissait la réponse mais n’a pas réussi à la montrer.

Comprendre le vécu de l’enfant TDAH ne signifie pas supprimer les exigences scolaires.

Cela permet au contraire de trouver des moyens plus efficaces pour l’aider à y répondre.

C’est aussi l’un des enjeux de la psychopédagogie : ne pas s’arrêter à ce que l’élève ne fait pas encore, mais comprendre ce qui l’empêche d’y parvenir, lui transmettre des stratégies adaptées et l’aider progressivement à reprendre confiance dans sa capacité à apprendre.